L’état méditatif par Jean Klein

jklein1               

(Revue Être. No 1. 3e année. 1975)

Le titre est de 3e Millénaire

À quoi correspond l’état méditatif ou l’état permanent en nous ?

L’état méditatif, notre vraie nature, n’est pas à proprement parler un état, il est la substance, le support même de tout état, d’où rien ne s’anticipe, rien ne se projette, où il n’existe aucun dynamisme tendu vers un but, un résultat. Toute Présence silencieuse, il n’est ni intérieur, ni extérieur, il est non localisé physiquement ou psychiquement, hors de l’espace et du temps, il est Être.

Dans la méditation nous sommes très souvent visités par des pensées de toutes sortes; comment faut-il se comporter, vis-à-vis d’elles ?

Les pensées parasitaires, les résidus de notre passé surgissent sans que nous les ayons sollicités. Il faut les laisser se dérouler devant nous et s’épuiser sans intervention ni contrôle. Toute intervention intentionnelle ne fait que leur donner davantage d’aliment. Le quelqu’un, le contrôleur, est de même nature, fait partie de ce que nous voulons contrôler. Si nous n’intervenons d’aucune façon elles s’épuisent et finissent par se résorber dans le silence qui est toute Présence. En fin de compte, elles ne sont elles-mêmes que silence.

Comment peut-on arriver à ce que vous dites, à cette compré­hension totale ?

La compréhension totale est une claire vision instantanée, absolu­ment fulgurante, elle se produit quand les éléments de la non-compréhension s’articulent, se déploient complètement dans la conscience non impliquée. Cela n’est pas un processus d’accumu­lation où il y a quelque chose à s’approprier, comme lorsqu’il s’agit d’apprendre. La claire vision est subite, abrupte comme l’éclair, les éléments de la non-compréhension sont vus dans une parfaite simultanéité, intégrés dans la compréhension totale où en dernier lieu il ne reste que silence. Cette claire vision seule efface ce qui a été auparavant un problème. L’intégration dans la toute compréhension est un transfert d’énergie, un déblocage des schémas, des moules habituels, elle ouvre ainsi la perspective vers l’Un vérité ultime.

Qu’est-ce pour vous que la méditation ?

Posez-vous d’abord la question sur ce qui vous pousse à vouloir méditer. Pas d’une manière intellectuelle mais interrogez ce qui se présente à vous, sans vouloir arracher une réponse. Il va se dégager un profond malaise que vous désirerez éliminer. Je ne parle pas de ces fluctuations périphériques qui vous bercent entre le pleur et le rire que vous désirez également aplanir. Ce malaise est éprouvé par quelqu’un d’isolé, détaché de sa source. Ce quelqu’un cherche d’une façon véhémente à faire partie de quelque chose, à s’accrocher, à se sécuriser, à vouloir être aimé. Mais ce quelqu’un qui cherche à sortir du malaise est partie intégrante de lui.

La compréhension totale, claire vision instantanée, produit immé­diatement une halte à toute intention, à tout dynamisme volitif. L’accent mis sur l’objet malaise ressenti s’estompe, sans intervention de quelqu’un. Un vidage se fait dans le silence. La il n’y a que méditation, plénitude, amour. Du point de vue de l’Ultime il n’y a pas intention d’aimer ni désir d’être aimé.

Forme et nom, percept, affect, concept, sont création de notre esprit; ils représentent notre Ishtamurti (Image divine choisie comme support de méditation), comme toute représen­tation d’un dieu. L’Ishtarmurti a la même caractéristique que n’importe quel autre objet; elle n’est que cérébralité. Création immédiate de vos sens, elle est forme, percept et par votre imagina­tion elle est idée, concept, mais toutes les deux dépendent d’une réalité permanente qui est leur source, leur support.

Les sens et les facultés mentales en continuel changement, discontinus, ne pourront jamais contribuer à l’expérience d’une réalité permanente, continuum. Ce dernier transcende les sens et la pensée. Pour qu’un objet puisse être considéré comme conducteur, pointé vers cette réalité permanente, il est nécessaire de pousser l’analyse de l’objet jusqu’à sa forme générique, éliminant ainsi sa nature changeante, pour atteindre son essence, réalité vécue, absolu­ment non objective, avec laquelle nous faisons un.

Pour approcher l’Ishtamûrti il faudrait que la forme et l’idée s’éliminent pour laisser place à sa source, son essence. La plupart des aspirants se trouvent alors devant un mur, un vide de pensées, sans sa saveur, encore un objet. L’objet en effet est réduit à sa forme générique mais il reste des traces d’objectivité. La signification de ce dernier devient un mystère pour leur esprit. Le mental ne trouve jamais la solution par son propre effort. La présence d’un instructeur établi dans l’expérience semble à ce moment-là s’imposer, pour assister l’aspirant quand survient l’expérience non-duelle hors de la relation sujet-objet.